Neha marchait lentement à travers la petite ruelle qui emmenait vers sa résidence. Manque de sommeil, ses yeux étaient cernés de noir. Condamnée dans les profondeurs de ses pensées, elle ne voyait plus rien autour d'elle. Depuis que Fareed était en relation avec Katrina, elle n'était qu'une pauvre solitaire dépressive. "Je suis épuisée et stressée car les examens blancs approchent, ne vous en faîtes pas, tout va bien" rétorquait-elle tout simplement lorsque ses parents la questionaient sans cesse sur la raison de son affreux état. A mi-chemin elle salua le jeune marchand de patisseries chez qui elle était habituée d'acheter chaque matin. L'ascenseur lui parut plus rapide que d'habitude. Arrivée au pas de la porte, elle l'ouvrit avec lassitude. L'appartement semblait désert. Elle se dirigea vers la cuisine en trainant des pieds...
Nisha (surgissant du dos de la porte) : Bouh !
Neha (effrayée) : Haaaaaaaaaa !
Nisha (pliée de rire) : Ha ha ha ! T'as eu la trouille de ta vie !
Neha (fâchée) : T'as pas autre chose à faire ?
Elle se servit un bol de lait frais et prit les derniers cookies au chocolat noir puis fila devant la télévision.
Nisha (s'installant silencieusement près de sa soeur) : En ce moment, tout va de travers. En temps normal, tu aurais attaquée, toute excitée, tes exos de maths en t'enfermant à double tours dans ta chambre. Kya bat hai Neha (=Qu'est ce qui ne va pas) ?
Neha (les larmes lui montèrent rapidement aux yeux) : C'est... Fareed !
Neha raconta en détail toute cette histoire entre elle, Fareed et Katrina. Elle explica à quel point Fareed l'ignorait (mis à part le léger sourire qu'il lui esquissait en signe de salut lorsqu'il la croisait dans les couloirs du lycée), comment elle vivait sa solitude, et que Fareed s'excusait d'être moins présent car il était occupé avec Katrina. Après avoir achévé son long récit, elle laissa sa soeur révoltée et choquée.
Nisha (caressant avec douceur les cheveux de Neha, pleine de chagrin) : Quel salop, celui-là ! S'il m'arrive de le croiser, je me ferai une joie énorme de le gifler ainsi que cette traînée qui lui sert de petite amie ! I know that you're in a very tough situation, didi (=Je sais que tu es dans une situation très difficile ma soeur) ! But you're in the wrong circle (=Mais tu es dans le mauvais cercle) ! Je sais que Fareed est ton ami de très longue date et que vous avez été inséparables comme une paire de baskets lekin (=mais)... Je ne peux pas cerner un tel changement de sa part. Comment a-t-il pu te laisser tomber si sauvagement ? Il a toujours été si gentil, si aimable, si serviable, si respectable, avec nous tous qu'il a même pu changer la mauvaise image qu'avait maman des musulmans. Moi qui ai pensé que ni même l'amour ne pourrait briser une amitié si solide. C'est dans ces moments-là que la vraie valeur d'une personne apparait au grand jour. En tout cas, je n'appelle pas ça un ami !
Neha (posant son front sur l'épaule de sa soeur aînée) : I miss him (=Il me manque) !
Nisha (les larmes aux yeux) : Je comprends ta peine mais je ne peux pas la ressentir. Ecoute, ignore-le totalement et tu verras bien. Ne reviens plus vers lui, c'est à son tour de faire un pas, préserve ta fierté : t'es pas son chiffon ! La torture qu'il te fait subir lui retombera dessus un beau jour. A ce moment-là, rongé par les regrets et les remords il réalisera qu'il ne pourra revenir en arrière car tu lui aurais déjà fermé toutes les portes. Courage, didi (=soeur) ! Tu vas bien finir par l'oublier. Dis-toi que ce n'est pas lui qui te fournit ton oxygène ou qui te met le pain à la bouche : ça t'aidera. Surtout, reste concentrée sur tes cours, ne t'empoisonne pas la vie pour un imbécile pareil ! Maintenant, va étudier comme tu le fais d'habitude.
19H05
Rahul, à son habitude, était élégamment vêtu : pantalon noir en lin, lègère chemise blanche, chaussures européennes, au poignet une luxueuse montre Cartier. Il engloutit rapidement son croissant, but son capuccino et composa le numéro de sa bien-aimée.
Nisha : Hello (=Allo) ?
Rahul : How you doin', sweetheart (=Comment ça va mon coeur) ?
Nisha : Main bauhat thik hoon (=Je vais très bien). Alors, comment s'est passé ton rendez-vous d'affaires ?
Rahul : Le PDG de A.N.A. m'a proposé une machine très performante. J'ai refusé car elle était hors de prix. Ensuite, réunion. Et ton contrôle d'économie ?
Nisha : Bof ! J'ai dû piquer quelques réponses à mon voisin. Intello, grosse lunettes, mauvais haleine, peau foncée et cheveux décoiffés, si tu vois le genre !
Rahul (en lâchant un petit rire) : Well, I gotta go right now (=Eh bien, je dois y aller maintenant). J'ai du pain sur la planche. I'll call you later (=Je t'appellerai plus tard).
Nisha : Call whenever you want, my parents are absent (=Appelle quand t'en as envie, mes parents ne sont pas là).
Rahul : Absent ? Dans ce cas-là je passerai chez toi.
Nisha (baissant subitement le ton) : T'es dingue ou quoi ? Y'a ma petite soeur ici et elle n'est pas au courant de... de nous deux.
Neha (une pomme à la main, traînant des pieds) : Je suis au courant de tout. Main sab kuch janti hoon (=Je sais tout) !
Rahul (d'un rire moqueur) : Ca alors !
Nisha (gênée) : J'ai des choses à régler.
Rahul : Et moi, des choses à faire. Bye ! Love ya (=Au revoir ! Je t'aime) !
Nisha : I love you too (=Je t'aime aussi) !
Rahul soupira légèrement après avoir raccroché. Tout semblait si répétitif dans sa vie : un réveil matinal (6H30) faisant place à un jogging quotidien suivi d'un petit-déjeuner très riche pour ensuite s'en aller travailler jusqu'à 19H, 18H ou parfois 20H. Les week-end le laissaient complètement libre mais de nombreux imprévus l'empêchaient très souvent de ne pas travailler. Depuis la mort de son père, trois ans auparavant, il fut forcé de devenir un jeune homme responsable, travailleur, sérieux : dés lors, il fut à la tête d'une très grande entreprise qui lui rapportait des sommes pharamineuses ! Il devait diriger seul l'entreprise qui était d'ailleurs délocalisée dans différentes régions d'Inde et en Angleterre : nombreux le désiraient tomber de son trône ! Pourtant, il savait entreprendre et gérer ses affaires, donner des ordres aux chefs et sous-chefs, se faire respecter, faire régner l'ordre, le travail et la bonne humeur au sein de l'entreprise : c'était un chef apprécié, respecté mais redouté. Il ne se laissait impressionner par toutes ces paperasses et ces centaines d'employés. Son père n'était désormais plus sur Terre, il se devait de le rendre fier, de le remercier de son travail acharné pour bâtir son empire et des conditions de vie les plus favorables dont il a pu bénéficier grâce à lui. Grâce à son père qui n'était plus là, qui lui manquait de plus en plus chaque jour, à qui il pensait matin et soir, pour qui il s'efforçait de remplir fidèlement ses tâches. Il ressentait un chagrin énorme face à la mort de cet homme qui l'a vu grandir, qui l'aimait de tout son coeur, qui l'emmenait chaque été dans une destination différente, qui lui offrait tout ce dont il avait besoin, et qui était présent chaque jour tout simplement. Il se devait de rendre fière sa mère aussi. Rahul sentait parfois tellement de responsabilités peser sur ses épaules mais la fierté de sa mère face à un fils si mature et responsable l'encourageait et le motivait d'avantage. Et puis, Nisha était à ses côtés : sa douceur et sa beauté le rendaient tellement joyeux !
Sa vie était ainsi faite et rien ne pouvait modifier le cour du temps. Que pouvait-il faire pour se soulager, se reposer, se guérir de ce deuil qui le rongeait depuis trois ans, se débarasser de cet affreux stress au travail par peur de mal entretenir l'empire pour lequel son défunt père s'est consacré toute sa vie ? Rien sauf poursuivre sa vie de tous les jours, sa routine et faire de son mieux pour changer les choses...
20H00 - Devant la demeure des Mehta
Le chauffeur de Priya déposa Sonali devant sa villa, elles revenaient de l'Université
Sonali (se dirigeant vers l'énorme grillage qui donnait sur son magnifique jardin) : N'oublie pas de réviser l'anglais !
Priya : On s'appelle ce soir !
Sonali (levant la main vers son amie en signe d'au revoir, elle gronda le gardien d'avoir mis du temps à parvenir au grillage) : A demain !
Priya (elle ferma la vitre du siège arrière ou s'était installée Sonali) : Bye !
Leur accident leur valut égratignures, éraflures, multiples cocards, fracture du genou gauche pour Sonali (bénéficiant de'une rééducation) et de l'avant-bras pour Priya qui portait un plâtre.
Elles étaient toutes les deux privées de sortie, sauf si l'une d'entre elle souhaitait passer la journée dans la demeure de l'autre. Dorénavant, sans sorties, leur vie n'avait plus autant de sens, elles se lassèrent rapidement du schéma "maison-école, école-maison" et elles ressentaient les effets de la routine bien plus qu'auparavant. De plus, elles se sentaient beaucoup moins jolies à cause de leur handicap; il leur vint même une fois l'idée de fonder une charité pour handicapés, projet qui fut néanmoins très vite oublié !
Certes, elles retinrent une très bonne de leur mésaventure !
22H38 - Dans une boîte de nuit branchée
Amita relevait tant bien que mal une de ses amies, complètement saoule. Avant de s'en aller, elle embrassa chacune de ses copines et plaqua sans aucune explication son nouveau petit copain, qui, sous l'effet de la fatigue et l'alcool n'eut d'autre choix que l'insulter. Elle appela son chauffeur qui arriva un quart d'heure après. Il faisait tiède et la vie nocturne était très mouvementée : des marchands ambulants comptaient d'arrache-pied leur recette de la journée, des boutiques fermaient, des amoureux se baladaient, voitures et motos défilaient, certains allaient au travail d'autres en ressortaient. Amita adorait contempler les rues, le visage collé à la vitre. Le chauffeur lui proposa un chewing-gum à la menthe qu'elle accepta avec plaisir. En mâchant, elle se mit à méditer sur sa vie sentimentale. En amitié, certes, elle était comblée ! Et presque tous les beaux mecs friqués de la ville figuraient à son tableau de chasse. Malgré tout, elle voulait plus que ça. Elle voulait ressentir l'amour véritable. Rencontrer l'être qui serait attiré plus par ce qu'elle est que par ce qu'elle a. Celui qui ferait chavirer son coeur et qui l'emmènerait hors du monde réel, vers un rêve merveilleux, vers un horizon de partage, d'espoir, d'amour et d'ambition. Elle en eut soudain assez des relations sans lendemain. Eurk ! Tu m'écoeures, Amita ! se dit-elle. Suis-je soudainement devenue romantique ? Non, hors de question ! Les mecs, c'est mon rayon, ma spécialité. Je joue de leur amour. Je les séduis, je les approche et je m'éloigne. Ils se précipitent vers moi, je les retrouve entre mes mains et je les pique de mon venin mortel puis je les laisse tomber sans antidote. Ce sont eux qui souffriraient pour moi et non le contraire. Ce sont mes jouets, mes marionnettes. Je les jette dés que je n'en ai plus besoin. Je suis toujours sortie victorieuse du combat de l'amour : une bonne leçon pour tous les hommes qui pensent que les femmes sont trop fragiles et trop émotives !
Oui, mais... jusqu'à quand tout cela durera ?